Las Hiedras Venenosas

Las Hiedras Venenosas, 2014 © Romain CAROFF (traducciòn española mas abajo)

Dernier genou à terre. Dernier coup de coude. Dernière accélération. Il est 0h04 dans la salle omnisport Carlos Paz de Córdoba (Argentine), le groupe de dix-huit filles rejoint le centre du terrain pour un dernier débriefing. Les mèches de cheveux collent aux tempes et laissent couler quelques gouttes de sueur. Les maillots sont humides et les premiers bleus apparaissent. Certaines défont leurs patins, d’autres enlèvent leur genouillères. L’une des joueuses prend la parole, déterminée. Avec autorité, elle distribue quelques derniers conseils à un auditoire plus que jamais concerné et attentif. Les termes sont choisis, précis. Derniers mots d’encouragement avant le grand événement du week-end, le Cordobazo Roller Derby. La séance est levée, place aux étirements, aux rires et à la décontraction.

Ces filles, ce sont les membres des Hiedras Venenosas, les « Lierres Vénéneuses », l’équipe phare de Roller Derby de Córdoba, deuxième ville d’Argentine après Buenos Aires, la capitale. Le Roller Derby est un sport de contact et de vitesse en plein développement à travers le monde. Il se joue sur une piste ovale sur laquelle s’affronte deux équipes de cinq rollergirls pendant deux mi-temps d’une demi-heure, divisées en séquences de deux minutes maximum appelées « jam». Chaque équipe est constituée d’une « jammer » et de quatre « blockers » : la première a pour but de « transpercer » le mur de « blockers » de l’équipe adverse afin d’engranger des points. Les « blockers » de chaque équipe ont une mission aussi bien défensive qu’offensive : empêcher la « jammer » adverse de passer et créer des brèches pour aider celle de son équipe à dépasser le peloton. L’équipe qui comptabilise le plus de point au coup de sifflet final remporte le match.

Le RollerDerby est plus qu’un sport : c’est un état d’esprit, une identité, un univers. « India Divinorum », « Espiritu Combativo », « Euphoriam », « Tooth Thief », « Pipi Jeep » : comme toute rollergirl qui se respecte, les Hiedras ont chacune leur pseudonyme qui les font entrer dans une autre dimension lorsqu’elles chaussent les patins. Car une fois sur la piste, c’est un autre personnage qui entre en scène. Oubliés les soucis du quotidien, les complexes de timidité ou d’infériorité. « Le RollerDerby m’apporte beaucoup de satisfaction, de nouvelles énergies, une échappatoire à la routine. Ce sport me permet de m’identifier, me valoriser, m’accepter et me dépasser », raconte Heliana, alias Euphoriam. Solidarité, amitié, force, combat sont les valeurs revendiquées d’un sport qui détruit tout stéréotype sur les femmes. Les entraînements tout comme les matchs sont engagés. Les coups pleuvent, on bombe la poitrine, on tend le bras, on confronte les épaules. C’est un sport de filles et il est physique et athlétique. Les blessures sont récurrentes et les soirs d’entraînement, il n’est pas rare de voir les blessées, sur le bord de la piste, encourager les co-équipières. Solidarité, fraternité, amitié…Les blessures sont parfois graves. Ce fut le cas d’India Divinorium, Maria Bélen, qui s’est fissuré le péroné, il y a quelques mois. Après une longue période de rééducation et d’impatience, elle rechausse enfin les patins avec une joie non dissimulée.

India Divinorum porte le numéro 114, son numéro porte bonheur. Elle s’est cherchée longtemps avant de trouver sa voie. Elle s’est successivement essayée à la natation, au hockey sur gazon et au rugby, sports qui ne l’ont jamais vraiment comblée : « J’ai arrêté le rugby car je ne me retrouvais pas dans ce sport, une ambiance très machiste malgré le fait de jouer entre filles ». Puis un jour, une amie lui raconte qu’elle se réunit régulièrement avec d’autres filles au parc de la ville pour patiner. Intriguée, «Belu » tente l’expérience et découvre un sport nouveau, original et qui semble correspondre pleinement à ses attentes. Ce soir-là naît son histoire d’amour avec le RollerDerby. Les débuts sont rudimentaires : parties improvisées en plein air et premiers contacts avec un sport étonnant et plein de promesses. Ce petit groupe d’amies se fait d’abord appeler les « Furias Negras » (« Furies Noires ») et s’organise petit à petit. Elles trouvent une salle où s’entraîner. De plus en plus nombreuses, elles décident de se séparer en deux équipes et créent alors les « Hiedras Venenosas ». « India » devient capitaine des « Furias » et prend son rôle très au sérieux développant ainsi son âme de leader. Le petit groupe qui se retrouvait dans le parc pour patiner est devenu une véritable équipe, structurée, identifiée. « India » organise les entraînements, contrôle les retards et reste attentive à l’engagement de chacun. Un esprit d’équipe est en train de naître. Mais non sans mal. Toutes les filles ne sont pas solidaires avec les décisions de la capitaine, des animosités se créent et certaines décident de quitter l’équipe. Un passage très difficile mais nécessaire et formateur. « Certains de ces départs ont fait très mal, mais aujourd’hui, après tout ce qu’il s’est passé, je me rends compte que cela a eu des conséquences positives », confie la numéro 114. L’effectif se réduit alors et la décision est prise de fusionner les deux équipes. A la suite d’un vote, le nom de « Hiedras Venenosas » est définitivement adopté. Le 2 décembre 2013, les Hiedras jouent leur premier vrai match contre une équipe adverse. Premier match, première victoire. De cet été 2013 découleront beaucoup de changements : nouvelle salle, nouvelles joueuses qui forment aujourd‘hui la colonne vertébrale de l’équipe et apprentissage toujours plus précis des facettes de ce sport complexe. Les mois passent et l’expérience grandit. L’équipe participe à plusieurs tournois. Les résultats sont inconstants mais certains faits tissent les liens forts d’une équipe qui devient famille. C’est le cas en ce jour de mars 2014 lorsque lors d’un tournoi, les Hiedras, diminuées, se présentent à 9 joueuses dont 6, seulement, sont aptes à jouer. Tandis que toutes les autres équipes sont venues à 14 et disposent de nombreux changements, les jeunes cordobesas ne peuvent se permettre d’en faire qu’un seul (5 joueuses sur la piste). Malgré ce handicap, leur courage et abnégation les emmènent jusqu’en finale où elles se contentent d’une valeureuse deuxième place.

En ce week end d’octobre 2014, c’est le grand jour pour les Hiedras. Elles organisent, sur une durée de trois jours, un tournoi national qui a attiré sept équipes argentines. Inespéré pour la jeune équipe cordobèse qui trouve ici le moyen de se faire connaître et d’entrer un peu plus dans la petite famille du RollerDerby national. Tous les membres de l’équipe sont concernés et s’investissent dans l’organisation du tournoi. Une certaine manière de montrer avec fierté tout le chemin parcouru. La salle omnisport Carlos Paz est métamorphosée. Les différentes équipes, accompagnées de leurs supporters, ont investi les lieux. Les speakers mettent l’ambiance bien aidés par la musique festive qui retentit. Les photographes sont aux aguets. Les Hiedras s’apprêtent à jouer leur premier match. On met à nouveau de côté les rires et la décontraction. Les rollers sont chaussés, les maillots et casques verts revêtus. Visages fermés, les lierres vénéneuses sont à nouveau prêtent à piquer.

Traducciòn española : Alejandra Mesias Colarte

Ultima rodilla a tierra, último golpe de codo, última aceleración. Son las 0 :04 hrs en el gimnasio Carlos Paz de Córdoba (Argentina) y el grupo de dieciocho chicas se reúne en el centro de la cancha para las últimas indicaciones técnicas. Los cabellos sueltos se pegan al rostro, mientras asoman algunas gotas de sudor. Las camisetas están húmedas y comienzan a aparecer las primeras pequeñas heridas ; algunas desabrochan los patines mientras que otras se sacan las rodilleras. Una de las jugadoras hace uso de la palabra con determinación. Con autoridad, entrega los últimos consejos a un auditorio que se encuentra más que nunca, concentrado y atento. Las frases empleadas son elegidas y precisas. Son las últimas palabras de aliento antes del gran evento del fin de semana, « El Cordobazo RollerDerby ». Se levanta la sesión, ahora queda tiempo para las elongaciones, las risas y la distracción.

Estas chicas forman parte del equipo de las Hiedras Venenosas, el equipo emblemático de Roller Derby de Córdoba, segunda ciudad argentina después de la capital Buenos Aires. El Roller Derby, es un deporte de contacto físico y de velocidad que está en pleno desarrollo en el mundo entero. Se juega en una pista ovalada sobre la cual se confrontan dos equipos de cinco rollergirls durante dos entre-tiempos de media hora cada uno, divididos en secuencias de dos minutos máximos llamados « jam ». Cada equipo está constituido por una « jammer » y cuatro « blockers » : La primera tiene como objetivo « traspasar » el boque de « blockers » del equipo adversario, a fin de ganar puntos, las « blockers » de cada equipo tienen una misión tanto defensiva como ofensiva : impedir que el « jammer » contrario, pase y cree espacios que ayuden a su propio equipo a pasar y dejar que el pelotón avance. El equipo que cuenta con más puntos, al momento del pitazo final, es el ganador del partido.

El RollerDerby es más que un deporte : Corresponde a un espíritu en si mismo, una cierta identidad, es un universo. « India Divinorum », « Espíritu combativo », « Euphoriam », « Tooth Thief”, “Pipi Jeep”: Como toda rollergirl que se precie de tal, las Hiedras tienen cada una un seudónimo, que hace que cada vez que calzan sus patines entren en otra dimensión, puesto que una vez en la pista, es otro personaje el que entra en escena. Atrás quedan los problemas cotidianos, los complejos de inferioridad, la timidez : « El RollerDerby me aporta mucha satisfacción, me llena de energías, es una escapatoria a la rutina. Este deporte permite identificarme, valorizarme, aceptarme e ir aún más lejos » dice Heliana, alias Euphorian. Solidaridad, amistad, fuerza, combate, son los valores que reivindica este deporte que destruye todo estereotipo sobre las mujeres. Los entrenamientos asi como los partidos son jugados con bravura y seriedad. Abundan los golpes, el pecho bombea, los brazos se tienden, los hombros se confrontan. Es un deporte de chicas, físico y atlético, las heridas son recurrentes y durante los entrenamientos no es raro ver a las lesionadas al borde de la pista dando aliento a sus compañeras de equipo. Solidaridad, compañerismo, amistad ; las lesiones son en ocasiones graves, como fue el caso de India Divinorum, María Belén, quien hace algunos meses, tuvo una fisura de Peroné. Tras un largo período de rehabilitación y de impaciencia, ella vuelve a ponerse los patines con una alegría no disimulada.

India Divinorum lleva el número 114, su número de suerte, ella deambuló mucho antes de llegar efectivamente a encontrar este camino, suscesivamente practicó Natación, Hockey sobre hielo y también Rugby, deportes que nunca la llenaron completamente. « Terminé el Rugby porque no me sentía en ese deporte, un ambiente muy machista aun cuando las jugadoras eran chicas « ; un día una amiga le cuenta que se reunía regularmente con otras chicas en el parque de la ciudad para patinar. Intrigada « Belu » prueba esta nueva experiencia y descubre un nuevo deporte, que le parece original y que además parece completar sus expectativas. Fue ese día que nació su historia de amor con el RollerDerby. Los inicios son bastantes rudimentarios : partidos improvisados al aire libre, son los primeros contactos con un deporte maravilloso y lleno de sorpresas. Este pequeño grupo de amigas se llamaron inicialmente las « Furias Negras » y paulatinamente se fueron organizando, primero encuentran un lugar para entrenar y una vez que fueron más numerosas, deciden separarse en dos equipos y es así como nacen las « Hiedras Venenosas ». « India » se convierte en la capitana de « Furias » tomando seriamente su nuevo rol, lo que le permite desarrollar y poner en práctica su alma de líder. El pequeño grupo que se reunía en el parque para patinar se convirtió en un verdadero equipo estructurado y con sello propio. « India » organiza los entrenamientos, controla los atrasos y supervisa el compromiso de cada una de las jugadoras. Un espíritu de quipo está naciendo, sin embargo, los problemas no son indiferentes. No todas las chicas se muestran de acuerdo con las decisiones de la capitana, las diferencias aparecen y algunas chicas deciden dejar el equipo. Es un pasaje obligado, difícil ciertamente pero a la vez enriquecedor. « Algunas de esas partidas fueron muy tristes y complicadas, pero hoy día después de todo lo que pasó me doy cuenta que todo eso tuvo una consecuencia positiva » ; señala la número 114. El número de jugadoras se redujo, razón por la cual, se tomó la decisión de fusionar los dos equipos, luego de una votación, el nombre de « Hiedras Venenosas » fue definitivamente adoptado. El 2 de Diciembre de 2013 las Hiedras juegan su primer verdadero partido contra un equipo adversario. Durante este primer partido obtuvieron su primera victoria. Desde ese primer partido hasta ahora se suscedieron muchos cambios, nuevo gimnaso y nuevas jugadoras, estas últimas constituyen actualmente la columna vertebral del equipo. Este proceso vivido les ha permitido tener un aprendizaje más preciso de las diferentes caretas de este deporte tan exigente y complejo. Los meses pasan y la experiencia crece, el equipo participa en diferentes torneos. Los resultados son inconstantes pero ciertos hechos hacen que se reafirmen ciertos lazos en el equipo, permitiendo que este se transforme en una familia. Fue así como en el mes de marzo del 2014, las Hiedras disminuídas en número se presentan en un torneo con nueve jugadoras, de las cuales solo seis estaban aptas para enfrentar el partido. Mientras que los otros equipos se presentan con 14 jugadoras, lo cual les permite realizar numerosos cambios, las jugadoras cordobesas solo pueden realizar uno solo ( cinco jugadoras sobre la pista) A pesar de este inconveniente, el coraje y abnegación demostrado les permitió llegar hasta la final donde obtienen finalmente un valioso segundo lugar.

Un fin de semana de Octubre de 2014, se constituye en el gran día para las Hiedras, ellas organizan durante solo tres días un torneo nacional que cuenta con la participación de siente equipos argentinos. Inesperado para el joven equipo cordobés quien encuentra en esta ocación, la oportunidad de hacerse conocido en la pequeña familia del RollerDerby nacional. Todos los miembros del equipo se sienten partícipes y se involucran en la organización del evento deportivo. Hasta cierto punto, esto significa demostrar con orgullo todo el camino recorrido. El Gimnasio Carlos Paz ha cambiado completamente, los diferentes equipos acompañados por sus hinchas invaden el lugar, por los altoparlantes es posible escuchar un ambiente festivo y los fotógrafos se hacen presente. Las Hiedras se preparan para jugar su primer partido. Se dejan de lado las risas y la desconcentración. Los patines ya están amarrados, las poleras y cascos verdes en su lugar, los rostros están serios, las…. hiedras venenosas están listas para volver a picar.